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Voie des Helviens (partie II)

Publié par Ludovic le 23-Feb-2013 15:33 (3956 lectures)

(II) De Saint-Germain à Vagnas


La voie Romaine des Helviens
(II) De Saint-Germain à Vagnas


La voie s'interrompt devant le lit de l'Auzon. A l'époque romaine, un pont permettait de le franchir. Il n'en reste plus, sur la rive droite, au nord-est de SAINT-GERMAIN, qu'une arche à double clavage d'une ouverture de 6,70 m dont la largeur (environ 5 m) correspond aux dimensions de la voie. Pour franchir la vallée, le pont aurait dû compter 6 à 8 arches, ce qui correspond à un ouvrage d'une soixantaine de mètres (le pont romain de Viviers toujours existant comporte 11 arches et sa longueur actuelle est de 107,80 m).

Un milliaire transformé en calvaire (la croix a disparu) se trouve à l'entrée nord du village de SAINT-GERMAIN, contre la clôture d'une villa, au carrefour de la route principale et du chemin qui passe à l'est de l'église. Il n'a pas changé d'emplacement depuis la fin du XVIIIe siècle. Le texte de ce milliaire est illisible mais, par des témoignages anciens, nous savons qu'il s'agissait du milliaire sud n° XIII. Ce milliaire est aussi le premier sur lequel apparaît la coupure du nom HADRIEN après les lettres HA-. On a en effet constaté que les milliaires du Sud de l'Helvie présentaient tous cette particularité alors que, sur les milliaires du Nord, le mot est généralement abrégé HADR.


De SAINT-GERMAIN à SAUVEPLANTADE

Du milliaire de SAINT-GERMAIN, la voie suivait vraisemblablement le chemin qui passe à l'est de l'église et descend vers l'Auzon. La vallée ayant été bouleversée par les crues et les cultures, nous ne connaissons pas son tracé exact jusqu'à SAUVEPLANTADE. La voie devait traverser la rivière à peu près où passe la route actuelle, sans doute à gué, puis se diriger vers Sauveplantade, agglomération d'origine gallo-romaine si l'on en juge aux pierres antiques trouvées sur place et visibles dans l'église romane : peut-être une colonne portant une dédicace à l'empereur Aurélien, en tous cas un cippe dédié à Jupiter ; par ailleurs, les colonnes galbées du chœur sont sans doute des remplois.


De SAUVEPLANTADE à PRADONS

Au-delà, après avoir longé une vigne et suivi une « ligne verte » bien marquée sur le terrain, la voie évitait la colline de Charron puis tirait sans doute tout droit sur SAINT-MAURICE D'ARDECHE, anciennement Saint Maurice-Terlin, qui possède, comme Sauveplantade, une belle église romane, puis elle se dirigeait vers le Mas des Salles.

C'est en ce lieu qu'a été trouvé un sarcophage paléochrétien, qui se trouve actuellement au musée de la civilisation gallo-romaine de Lyon. Au mas des Salles, le passage de la voie romaine est encore cadastré comme non aedificandi et laissé en réserve au milieu des vignes de la propriété.

C'est au sud de SAINT-MAURICE que devait se trouver le milliaire XVII, enlevé avec deux milliaires de RUOMS sur ordre du syndic du Vivarais en 1780 et perdu lors de l'effondrement du bâtiment des Archives où ils avaient été placés... pour leur sauvegarde.

A partir du Mas des Salles, la voie franchissait le ruisseau de Tison, ignorait complètement BALAZUC, qui est d'origine médiévale, et se dirigeait vers Chazotte. Elle poursuivait ensuite vers le sud en escaladant le Serre Merlas et redescendait par un tracé abrupt et presque rectiligne vers l'est du hameau des Louanes. Sur cette partie du tracé, on observe bien le phénomène fréquent de ravinement où seul subsiste le substrat rocheux.
De là, la voie rejoignait le Château de La Borie où les anciens propriétaires ont pu nous montrer son passage, matérialisé dans la vigne qui s'étend au sud du château, par un espace laissé vierge de toute plantation, comme au Mas des Salles.


De PRADONS à RUOMS

A l'entrée nord de PRADONS, le milliaire Sud n° XX, transformé en calvaire, orne le terre-plein au carrefour de la D. 579 et d'un chemin qui se dirige vers l'ancienne gare de Pradons et reprend vraisemblablement l'ancien tracé de la voie. Le milliaire se trouve à peu près à son emplacement d'origine. A la différence de celui de SAINT-GERMAIN, son inscription reste lisible. La mutilation consécutive à la pose d'une plaque rappelant le niveau de l'inondation du 22 septembre 1890 qui oblitère le nombre de milles n'en est que plus regrettable.
Ce milliaire est le vingtième Sud, ce qui correspond à une distance de 29,57 km depuis Alba.

Le tracé de la voie entre PRADONS et RUOMS pose encore de nombreux problèmes. Au sortir de PRADONS, vers le sud, la voie traversait le ruisseau de Chautron. Au-delà, nous découvrons deux tracés: le premier escaladait les collines, évitait RUOMS, et rejoignait directement la côte de La Loubière ; le second se dirigeait vers le centre de RUOMS, agglomération dont le nom, d'origine celtique ( *Rito ou *Rigo-magos, le « gué ou le marché du roi ») peut indiquer un lieu d'échanges économiques obligé.
Dans le premier cas, la voie pouvait redescendre vers la côte de La Loubière par le chemin de Chante-Cocu, dans le second, se diriger sur RUOMS, en empruntant le chemin des Fontaines.

Nous sommes là très handicapés par la disparition, au XVIIIe siècle, des trois milliaires (n° XXI, XXII et XXIII) qui bordaient la voie entre PRADONS et RUOMS. Nous savons cependant que le milliaire XXII était « à la porte de Ruoms du côté du midi » (notice du notaire Taulèle).


De RUOMS à SALAVAS

Quelle que soit l'hypothèse retenue, on retrouve la voie à la sortie sud-est de RUOMS sur la route de LAGORCE (D. 559). Après avoir escaladé le Serre de Nicard, elle redescend vers La Loubière par deux virages en épingle à cheveux, bordés de forts murs de soutènement. De La petite Loubière, elle traversait en diagonale la plaine de Vallon par ce qui est devenu le ruisseau de Paris, voisin des Estrades, puis franchissait l'Ardèche au gué de Chauvieux. Elle est ensuite visible à l'est du Mas de Gravier.


De SALAVAS à VAGNAS

SALAVAS possède deux milliaires. Le premier, sur la place, a été trouvé à l'est du village ; son inscription est malheureusement illisible.
Dans le site archéologique de La Gleyzasse se trouve un deuxième milliaire, qui provient d'un endroit situé au sud de Riousset. Bien que maintenant illisible, il a été identifié comme étant le milliaire Sud n° XXX.

La voie depuis la Gleyzasse se poursuivait par les collines où elle est très largement conservée. Elle est ensuite reprise par la route de la Brûlade, et on ne la perd qu'au nord du Gour d'Estelle.

Dans cet endroit enchanteur en été, un pontet enjambe le ruisseau. Au-delà, la voie escalade abruptement la colline. Son empierrement a laissé quelques traces. Il convient de remarquer en particulier la qualité de l'appareil du mur de soutènement qui sert d'assise au chemin: celui-ci est formé de pierres taillées supportant la chaussée.

Notre dernière étape en Ardèche est marquée par le milliaire XXXI Sud, dit « La Pierre plantée » qui se trouve au croisement de la D. 579 et d'un chemin, juste avant d'arriver à VAGNAS. Sans doute nommé au XIIe siècle (crucem de Vannas), doté d'une nouvelle croix au XVIIIe siècle, il a été cassé en plusieurs morceaux par un tracteur en 1958 ; resté longtemps noyé dans du béton, il est maintenant restauré.

Au-delà, la voie se poursuivait vers NIMES. Le milliaire Sud XXXIII a été trouvé à trois kilomètres au sud de celui précédant Vagnas, probablement à la cote 204. Il est aujourd'hui au Musée archéologique de NIMES. On quittait alors le pays des Helviens pour celui des Arécomiques, mais la voie se poursuivait par BARJAC, Avejean, Malataverne et entre à UZES par une ligne droite de 5 kilomètres.


BIBLIOGRAPHIE

  • NAPOLI J. et REBUFFAT R. « Les milliaires ardéchois d'Antonin le Pieux », Gallia, XLIX, 1992, p. 51-79.
  • REBUFFAT R. et alii. Visite à la voie romaine des Helviens, Le Teil, Les Amis de Mélas et du Patrimoine, 1994.
  • REBUFFAT R. et COULON J. « Un milliaire romain neuf », Ardèche Archéologie, 12, 1995, p. 49-58.
  • REBUFFAT R. « Les voies romaines de la Basse-Ardèche », Mémoire d'Ardèche et Temps Présent, 66, Privas, 15 mai 2000.
  • Par ailleurs, le bulletin trimestriel de Cévennes Terre de Lumière rend compte régulièrement de l'activité de l'association dans ce domaine:
  • « La voie romaine des Helviens » (Compte rendu d'une visite guidée par R. Rebuffat à l'occasion des Journées du Patrimoine 1994), CTL trim. 1995 (3), p. 10-18.
  • « La voie romaine des Helviens à Pradons » (Science en fête 1996), CTL trim. 1997 (4), p. 19-24.
  • « Les voies romaines de la Vallis Vinaria au Rhône » (Résumé de la conférence de R. Rebuffat à Aubenas du 11/10/97 et CR de la visite guidée par ses soins le 12/10 à l'occasion des Journées " Science en fête" 1997). CTL trim. 1998 (3), p. 33-39.
  • « La voie romaine des Helviens » (Résumé de la conférence de R. Rebuffat, Pradons, 12/12/97). CTL trim. 1998 (4), p. 8-11.
  • « La voie romaine du Massif Central, de Costeraste aux Echelettes » (Visite guidée par R. Rebuffat à l'occasion des Journées du Patrimoine 1998), CTL Trim. 1999 (2), p. 2-8.
  • « Voies romaines de Rochemaure » CTL trim. 1999 (3), p. 19-26.
  • « Nouvelles recherches sur la voie romaine des Helviens d'Aubignas à Couloubre par le Frayol », CTL trim. 2000 (4), p. 2-7.


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